HARCELEMENT SCOLAIRE : GUIDE PRATIQUE POUR TOUT COMPRENDRE ET AGIR

 

Le harcèlement scolaire est un réel fléau pour certains enfants et adolescents rendant leur quotidien, en un véritable cauchemar. Dans cette vidéo on va voir ce qu’est le harcèlement scolaire? Quels sont les signes qui peuvent laisser penser que son enfant est victime ? Que faire en tant que parents ? Pourquoi mon enfant ne m’en parle pas ? Comment l’aider à verbaliser ? Que faire en tant que victime ou témoin ? Comment cela se manifeste ? Ce que dit la loi ? Quelles sont les solutions possibles ? Quel est l’intérêt de la thérapie ? comment aider son enfant à en sortir ?

 

Harcèlement scolaire : c’est quoi ?

Tout d’abord le harcèlement scolaire c’est 700.000 enfants victimes par an, soit 1 jeune sur 10 d’après les données du ministère de l’éducation (2018).

Le harcèlement scolaire est la relation de dominance d’un individu ou groupe d’individus, face à un camarade, symbolisée par des actes de violences répétées et ciblées. Cela peut être des violences verbales, psychologiques, physiques, économiques ou sexuelles.  L’objectif de l’agresseur ou des agresseurs sera de nuire de façon intentionnelle par de l’intimidation.

 

Les signes 

Il y a des symptômes psychosomatiques qui peuvent laisser penser à un mal-être chez les enfants et les adolescents. Pour petit rappel sur ce que signifie le mot « psychosomatique » : « psycho » c’est l’esprit, « somatique » le corps donc quand l’esprit est perturbé le corps réagit.

Cela peut se traduire par des douleurs au ventre, à la tête, ou des douleurs ou maladies chroniques.

En tant que parent on peut également observer un refus de l’enfant de se rendre à l’école.

Une baisse inhabituelle des résultats scolaires ou une modification dans l’implication aux activités scolaires.

Un changement de comportement à la maison : avec un repli sur soi perte de confiance en soi, un isolement dans la chambre. Cela peut passer par ne plus souhaiter s’exprimer sur sa journée, être pensif, à fleur de peau avec des moments de tristesse, de colère, en étant plus irritable. La colère est souvent la traduction d’une difficulté à s’exprimer ou se faire comprendre, qui peut s’expliquer par un profond mal-être ou des pensées qui parasitent l’esprit de votre enfant.

Cela peut également se traduire par une perte d’appétit due à l’absence de goût et de plaisir, qui peut dans certains cas, être révélateur d’un épisode dépressif.

On peut également observer des symptômes d’anxiété, de phobie qui se manifeste par une peur intense comme pour sortir, de la foule.

Une difficulté à s’endormir en lien avec les ruminations, les pensées désagréables. Cela peut aussi être symbolisé par des insomnies, par des réveils dans la nuit ainsi que des cauchemars. En tant que parent cela peut être perceptible lorsque certains enfants parlent ou crient dans la nuit, un peu comme forme d’extériorisation sur ce qui a pu être vécu dans la journée.

Quand l’enfant est seul, ou la nuit quand tout le monde dort, il peut exister une volonté de se faire du mal en se sacrifiant les bras, les cuisses, ou encore le ventre. Cela pouvant aller jusqu’à avoir des pensées de suicide. Autant d’éléments exprimant une souffrance, un profond mal-être.

 

En tant que parents que faire ?

Tout d’abord vous pouvez lui demander dans un premier temps s’il est ou a été un jour victime ? Si vous avez des doutes, une piste serait de verbaliser votre ressenti. Vous vous tromperez rarement.

Si vous avez un doute vous pouvez formuler la phrase ainsi « je me trompe certainement, j’ai l’impression qu’en ce moment tu es…. triste, en colère, pensif, tu te mets en retrait, tu as moins d’appétit que d’habitude,… ». Soit il validera votre intuition, et ça peut ouvrir sur une discussion. Soit il niera, à ce moment vous pouvez simplement lui montrer votre disposition.

Vous pourriez dire une phrase qui pourrait ressembler à « Ok autant pour moi, je me suis certainement trompé. En tout cas si un jour ça devait arriver ou si tu as un camarade qui en est victime et que tu souhaites en parler, je serai là pour toi, quand tu le voudras ».

Par contre il faut bien garder en tête que le jour où il ou elle fera un pas vers vous pour en parler directement, ou en faire allusion, il attendra de voir si vous êtes en accord avec votre proposition.

Donc soit vous avez du temps à lui accorder et à ce moment la discussion peut débuter. Soit vous n’êtes pas suffisamment libre, alors lui expliquer la raison pour laquelle ce n’est pas possible et proposer 2 autres choix pour qu’il choisisse ce qui lui paraîtra le plus adapté.

Pour cela vous pourriez opter pour une phrase qui ressemblerait à « j’entends que tu souhaites me parler d’un sujet, et comme je vois que c’est quelque chose qui te tiens à cœur je préférerai qu’on ait plus de temps que là (car j’ai un RDV dans 15 minutes), préfères-tu que l’on en parle quand je rentre dans 1h ou ce soir après le dîner ?

L’objectif est clairement qu’il/elle ne se sente pas « abandonné(e) par son tiers secure qui représente son pilier, son équilibre.

Il serait tout à fait compréhensible que le ou les parents ressentent une forme de culpabilité de ne pas avoir vu ou pris conscience de l’étendue du mal-être car la volonté première et le bien-être de son enfant.

Vous avez la possibilité d’appeler le responsable de l’établissement scolaire pour l’informer de la situation, voir si des mesures ont été mise en place ou à défaut ce qui compte être envisagé pour casser cette dynamique violente. Vous pouvez aussi avoir la possibilité de voir si l’infirmière scolaire a pu être contacté par votre enfant pour exprimer un mal-être ou le verbaliser autrement avec notamment une plainte de douleurs qui pourraient maquiller sa volonté de se mettre en retrait le temps d’un instant.

 

Ce qui peut expliquer que la victime n’en parle pas :

Il peut y avoir des raisons multiples et propre à chacun, la victime peut ressentir un phénomène de culpabilité, de honte d’avouer ce qui ne se passe. De penser que ce qu’on a subi n’est pas assez grave pour être pris en considération. Avoir des difficultés à s’exprimer, appréhender la réaction que ses parents pourraient avoir, qu’il y ait des conséquences plus importantes, des représailles si la victime « balance ». Il peut y avoir également une volonté de ne pas déranger ses parents, les protéger pour ne pas les faire souffrir, ou croire que ces derniers ne le comprendraient pas.

 

Que faire en tant que victime ? 

Tout d’abord le meilleur reflex lorsqu’on est victime est d’en parler autour de soi, dans l’idéal avec un adulte avec qui on se sent en confiance : un parent, un proche de la famille, un professionnel de l’établissement, un professeur.

Lorsque l’on est victime on peut également en parler à un ami en qui on a confiance pour pouvoir d’une part avoir un moment pour s’exprimer sur une souffrance, pour éviter de tout garder pour soi et d’en souffrir plus, avec la possibilité par la suite, d’informer de cette situation à un adulte, briser le silence pour essayer de faire le nécessaire pour arrêter ces violences.

En tant que victime il est nécessaire d’éviter de s’isoler car bien que ce soit la solution que l’on peut facilement mettre en place, elle a pour des faut que l’on s’enferme dans une forme de bulle psychologique symbolisé par les ruminations. C’est comme si les pensées vous traversaient l’esprit, pour que cette bulle vous les renvoie comme des claques psychologiques qui ne font qu’augmenter votre souffrance. L’idéal serait de sortir, ne serait-ce que 20 à 30 minutes. Car le fait de se mouvoir, de bouger, physiologiquement votre corps va sécréter de notamment des endorphines, hormone naturelle du bonheur avec un rôle anti-stress.

Ça ne signifiera pas que les problèmes seront résolus, on est bien d’accord. Cependant pendant ces quelques minutes que l’on s’accorde, notre esprit sera préoccupé sur d’autres tâches : marcher, écouter de la musique, regarder un paysage, une scène de la vie courante (voir des personnes parler, vérifier que la voiture nous a bien vu avant de traverser), aller acheter du pain. Quel que soit ce que vous ferez, ce sont autant d’éléments faisant diversion dans votre esprit et qui vont modifier, ne serait-ce qu’un peu plus, les pensées que vous auriez eues si vous étiez resté seul dans votre chambre.

 

Comment le harcèlement scolaire se manifeste ?

Cela débute souvent par des violences verbales et psychologiques manifestées par des moqueries, des brimades. Cela peut aussi passer par des surnoms ou allusions blessantes et/ou discriminantes en lien avec une différence quelle qu’elle soit : couleur de peau ou de cheveux, origine, accent, patronyme, taille, poids, homophobie, identité sexuelle, milieu social, apparence vestimentaire, centres d’intérêts ou handicap physique, psychique ou mental. On peut lancer des rumeurs pour salir la réputation du jeune. On pourrait chercher à vous intimidé par des violences physiques comme se faire bousculer, frapper, ou par des actes d’humiliation : salir volontairement sa victime, lui cracher dessus, lui uriner dessus.

Pour certains cela peut se manifester par le vol de ses affaires, repas ou argent.

Cela peut également aller jusqu’à imposer un acte non consenti : embrasser de force, attouchement sexuel (poitrine, fesses, sexe) jusqu’au viol ou à la menace par chantage de nature sexuel ou non pour éviter une contrepartie. Dans certains cas cela peut aller de photos prises ou diffusées à l’insu de la victime : photos intimes après avoir levé une jupe ou soulever un haut de vêtements. La diffusion par le ou la partenaire de photos à caractère sexuel, au moment où la victime était en couple avec son ou sa partenaire, après une séparation. La victime peut également recevoir des commentaires non désirés à caractère sexuel de la part d’autres élèves : notamment sms ou sur les réseaux sociaux.

Le harcèlement scolaire peut toucher à tout âge, quel que soit son milieu social, son origine. Il peut toucher aussi bien dans un établissement privé que public, donc en tant que parent on peut toujours être confronté à ce phénomène sociétal.

Le harcèlement peut prolonger cette souffrance au travers des réseaux sociaux, rendant invivable le quotidien des jeunes. Cela peut se comprendre car ce sont des moments cruciaux dans la construction de son identité et aussi car on vit au travers de la relation à l’autre et notamment du regard que l’autre peut porter sur soi. Les réseaux sociaux auront le pouvoir terrible dans ces moments, de rendre public une souffrance intime. La victime aura plus de difficultés à trouver sa place, notamment si elle observe un regard différent, ciblée sur sa personne.

 

 

Ce que la loi dit

Quel que soit l’âge de la victime, il est possible de porter plainte jusqu’à 6 ans après les faits au commissariat de Police ou à la Brigade de Gendarmerie. Il est primordial d’être conscient que la plainte ne peut vous être refusée. Cela peut aussi être fait par courrier au Procureur de la République. *

Un enfant mineur qui harcèle peut être sanctionné de 6 à 18 mois de prison et de 7.500 € d’amende. Pour un majeur qui harcèle, 1 à 7 ans de prison et 15.000 à 100.000€ d’amende.

 

Solutions qui pourraient être envisageable

Comme on le voit dans les textes de loi, vous avez la possibilité de porter plainte.

Des campagnes de sensibilisation sur le harcèlement scolaire et l’intimidation pour essayer de sortir du silence de ces actes qui n’ont pas leur place dans un milieu scolaire, péri scolaire, ou sur le chemin entre l’école et le domicile.

Mettre en place des actions de prévention dans les établissements scolaires, un soutien psychologique pour les victimes, familles, professionnels encadrants.

Prendre en considération que le harcèlement scolaire nécessite une réponse collective. Il ne s’agit pas d’une relation agresseur vs victime. Les témoins directs ou indirects ont également leurs parts de responsabilités pour permettre de tendre vers un changement.

Il semble judicieux de reconnaitre l’incident afin que la victime soit considérée en tant que telle face à la situation constatée. L’objectif sera que des mesures puissent être prises pour éviter d’éventuelles récidives.

Il y a la solution de la sanction contre l’agresseur pour éviter un sentiment d’impunité ou une escalade des actes violents : comme l’expulsion de l’agresseur, bien que cela puisse exacerber le problème en créant ou en augmentant un fossé avec le système scolaire. Malgré tout, il pourrait sembler intéressant d’accompagner également les familles d’agresseurs dans un travail thérapeutique. En effet, il n’est pas rare que ces comportements violents soient appris ou vus à la maison.  L’objectif serait de travailler sur certaines normes apprises pour apporter un regard différent pour amener à une évolution satisfaisante. L’aider à mieux traverser un moment de frustration, en y apportant une réponse plus adaptée au contexte. Travailler de façon précoce, dans un but de coopération afin de casser cette boucle relationnelle dysfonctionnante.

Que chaque jeune puisse essayer à son niveau de contester un harcèlement contre un camarade : intervenir physiquement pour éviter une violence, verbalement pour défendre car les agresseurs joue principalement sur la peur qu’ils peuvent susciter, et tant qu’il n’y a pas de réaction, ça ne fait que majorer « le pouvoir » qu’on veut bien leur accorder.

Cet aspect me semble le plus essentiel, car la situation qui sera vécu comme étant la plus douloureuse, ne sera pas la maltraitance, mais bien le sentiment d’être « abandonnée »  malgré la présence de tiers : camarade, adultes, enseignants, car il peut arriver également de vivre des formes de harcèlement en classe.

Enfin la thérapie me semble nécessaire car il est assez récurrent d’accompagner des anciennes victimes devenues adultes, et qui à la suite de ces actes de violences, décroche de l’école, développe des peurs, pouvant aller jusqu’aux phobies. Cela entraîne souvent un réel impact plusieurs années après, avec des freins lors de recherches d’emploi, ou quand les anciennes victimes envisagent une reprise des études mais se sentent comme bloquées, paralysées par les souvenirs.

Enfin les numéros de téléphone gratuits mis à disposition 3020, 0800 200 000, ou une association d’aide aux victimes 116 006 ainsi que les accès contacts par mail, chat ou Messenger, ou pour être appelé. *

 

Intérêt de la thérapie

Ce qui va entraîner le début du harcèlement scolaire, sera les différences que ciblent le ou les agresseurs. Ce seront les portes d’entrées dans ce jeu relationnel. Un peu comme si vous faisiez un ping-pong relationnel, dans laquelle chacun interagira pour influencer une réaction chez l’autre. Soit pour nuire sa victime de façon volontaire ou involontaire, soit pour fuir ou se défendre pour manifester, en tant que victime, sa façon de ne pas approuver.

Souvent la victime aura tendance à se justifier ou montrer que ce n’est pas vrai pour stopper ces situations de harcèlement. Ces réponses sont tout à fait logiques et marchent dans une majorité de contexte. Le problème est que dans certains cas, toutes ces réponses logiques ne font qu’alimenter le problème au lieu de le résoudre.

La thérapie aura donc pour objectif de comprendre la situation pour envisager de nouveau mécanismes personnalisés, pour arriver à casser cette boucle infernale dans laquelle la victime se trouve enfermée.

L’aider à percevoir de nouvelles possibilités, en accord avec ses besoins, ses valeurs, ce qui est précieux pour elle.

La thérapie aura pour objectif également d’aider le jeune à être suffisamment équipé pour faire face aux situations, pour arriver à faire de cette épreuve douloureuse une force pour la suite. Également développer ses ressources pour l’aider à évoluer différemment, reprendre du plaisir.

Il est très régulier de constater de profonds dommages avec des scènes vécues comme traumatisantes. La thérapie permettra d’aider le cerveau à digérer ces explosions d’émotions, pour à terme retrouver un équilibre satisfaisant.

Quand la victime à perçues ces violences comme si elle était « seule au monde », comme abandonnée de soutien, la thérapie permettra d’amener une évolution en mettant notamment en lumière les ressources, les valeurs et tout ce qui peut être précieux pour le jeune, afin de l’aider à se reconstruire, et développer sa confiance en soi, et par la même sa confiance aux autres.

 

* Notes bas de page :

Par courrier

Vous pouvez porter plainte directement auprès du procureur de la République. Il faut envoyer une lettre sur papier libre au tribunal judiciaire du lieu de l’infraction ou du domicile de l’auteur de l’infraction.

La lettre doit préciser les éléments suivants :

  • État civil et coordonnées complètes (adresse et numéro de téléphone) du plaignant
  • Récit détaillé des faits, date et lieu de l’infraction
  • Nom de l’auteur supposé si vous le connaissez (sinon, la plainte sera déposé plainte contre X)
  • Noms et adresses des éventuels témoins de l’infraction
  • Description et l’estimation provisoire ou définitive du préjudice
  • Documents de preuve : certificats médicaux , arrêts de travail, factures diverses, constats ….
  • Volonté de se constituer partie civile

A mettre dans description https://www.service-public.fr/simulateur/calcul/Porter_plainte

 

Par téléphone

3020 – Net écoute

Service ouvert tout au long de l’année du lundi au vendredi de 9h à 20h. Le samedi de 9h à 18h, sauf les jours fériés

Numéro vert : appel et service gratuit, depuis un téléphone fixe ou mobile

Pour poser vos questions de façon anonyme et confidentielle sur le harcèlement en ligne (cyber-harcèlement).

 

Par téléphone

0800 200 000

Ouvert du lundi au vendredi de 9h à 19h

Appel et service gratuit

 

116 006 – Association d’aide aux victimes, disponible pour toute personne victime 7/7j  et de 09h00 à 19h00.

Par mail : victimes@france-victimes.fr

 

Par mail, chat, Messenger ou pour être rappelé

Accès au formulaire de contact

Association d’aide aux victimes

 

 

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